samedi 2 juin 2007

Athènes, naissance d'une démocratie(1/2)


Au VIe siècle av. J.-C. les cités du monde grec furent confrontées à une grave crise politique, résultant de deux phénomènes concomitants : d'une part l'esclavage pour dette, touchant principalement les paysans non propriétaires terriens, fit croître entre les citoyens l'inégalité politique, la liant à l'inégalité sociale ; et d'autre part le développement de la monnaie et des échanges commerciaux fit émerger les artisans et armateurs qui formèrent une nouvelle classe sociale aisée, revendiquant la fin du monopole des nobles sur la sphère politique. Pour répondre à cette double crise, de nombreuses cités modifièrent radicalement leur organisation politique. À Athènes un ensemble de réformes furent prises, ce qui amorça un processus débouchant au Ve siècle sur l'apparition d'un régime politique inédit : la démocratie.

La cité

Athènes fut fondée formellement vers 800 par le synoecisme de plusieurs villages, partiellement préservés par l'invasion des Doriens. Le pluriel du mot « Athènes », d'après Thucydide, est une trace des anciens villages qui fusionnèrent pour fonder la cité.

Le site fut choisi pour la forteresse naturelle que représente l'Acropole, les habitants purent résister aux hordes de pillards qui terrorisaient la région, augmentant avec les années sa fortification. À partir de 510, cette fonction défensive est abandonnée, le lieu étant consacré aux cultes et notamment celui d'Athena, déesse protectrice d'Athènes. Des remparts encerclent à partir de 478 la ville et son port, le Pirée. Rares sont les bâtiments au-delà des 15 majestueuses portes, exception faite du populaire quartier de la Céramique dont la production inonde le monde grec entier, ainsi seuls quelques gymnases et écoles de philosophie s'excentrent pour que leurs élèves profitent de la tranquillité et soient totalement isolés pendant les deux années de leur éphébie.

L'Agora devient le centre social et politique de la cité avec l'installation des institutions démocratiques sur cette place. En été de nombreux débats houleux ou amicaux se tiennent à l'ombre du portique Sud et de la Stoa Poikilè, on discute et philosophe en regardant les centaines d'étals emplis de victuailles et leurs marchands qui s'égosillent pour appâter le client. L'hiver, ce sont les nombreuses salles situées en arrière qui sont envahies. Des joutes oratoires d'un autre genre se déroulent sur la Pnyx, colline sur laquelle sont votées toutes les lois athéniennes.

Loin de ces ambiances festives plus ou moins décisives dans la direction de l'État le monde rural vit aussi. Les riches propriétaires n'ayant pas déserté la campagne pour la ville profitent, avec bordant le pourtour de l’Attique mangent à leur faim sans pour autant avoir accès à l’état de grands propriétaires terriens nécessaire pour entrer dans les arcanes du pouvoir.

Genèse de la démocratie

Les origines de la démocratie athénienne

La démocratie trouve son origine dans la grave crise de la cité grecque et les mutations propres à Athènes :

Vague de Paupérisation

À partir du VIIe siècle, de plus en plus de paysans sont condamnés à être esclaves pour causes de dettes. Le commerce se développant, la concurrence également. La Grande-grèce fait concurrence aux paysans grecs, elle peut produire des céréales peu cher (terrain mieux adapté pour l'agriculture, plaines plates..). les paysans grecs travaillent mais il ne peuvent gagner assez pour vivre. Ainsi ils s'endettent, finissent par être expropriés et deviennent des esclaves.

Dans les villes, cette main d'œuvre servile fait concurrence aux artisans ce qui déclenche également une vague de chômage.

Ces graves crises sociales sont suivies par des révolutions. Les oligarques répriment ces révolutions par des exécution et des exils.

La révolution hoplitique

Au VIe siècle apparaît la monnaie, en provenance du roi barbare de Lydie, Crésus, qui fut étroitement en contact avec les cités grecques avant sa défaite en 546 face au roi perse Cyrus. Chaque cité grecque s'est emparée de cette notion pour frapper sa propre monnaie, qui devient un composant de l'identité nationale. Ainsi au Ve siècle, les cités grecques ne frappent plus la monnaie irrégulièrement et chacune appose un signe particulier sur la monnaie qu'elle frappe, l'épicène, qui permet de la reconnaître. Pour la monnaie athénienne, c'est une chouette.

Cette fabuleuse révolution se produit en concordance avec le développement extraordinaire du commerce méditerranéen. Ainsi une nouvelle classe de citoyens aisés, faite de commerçants et d'artisans (potiers), naît. Ces citoyens sont dorénavant suffisamment riches pour s’acheter des équipements d'hoplites : la guerre n’est plus l’apanage de l'aristocratie. Le système aristocratique basé sur la propriété agraire est battu en brèche face aux revendications égalitaires de ces nouveaux citoyens-soldats. On parle de révolution hoplitique. Cette nouvelle configuration des rapports de forces sociales fît émerger notamment deux modèles distincts, et destinés à s'opposer dans le siècle à venir : l'oligarchie militaire spartiate et la démocratie athénienne.

Les réformes politiques

Il est important de comprendre qu'à l’opposé d'autres démocraties, comme les Etats-Unis d'Amérique ou la République française, la démocratie athénienne ne naquit pas d’insurrections populaires mais de l'engagement de politiciens pour assurer l'unité de la cité. Voici les quatre principales réformes que l'on distingue, ainsi que leurs instigateurs :

Réformes de Dracon

Dracon est mandaté, en 621-620, pour mettre par écrit des lois ne s'appliquant qu'aux affaires de meurtre et dont la dureté devait rester légendaire - d'où l'adjectif draconien. Mesure limitée qui, cependant, affirme pour la première fois l'autorité de l'État au-dessus des parentés dans le domaine de la justice, instaure un droit commun pour tous et, par là même, porte atteinte à l'arbitraire des aristocrates. Six thesmothètes(gardiens de la loi écrite) viennent alors renforcer le collège des archontes. Malgré l'amplification de la crise, le monopole économique et politique des grandes familles athéniennes, les Eupatrides n'est cependant en rien attaqué, les archontes (dirigeant collégialement la cité) étant toujours tous issus de ces milieux . Deux modèles résolvant ce problème émergèrent en Grèce au VIe siècle :

  • soit l'arbitrage d'un législateur, chargé, dans une sorte de consensus, de mettre fin à des troubles qui risquent de dégénérer en guerre civile ;
  • soit la tyrannie, qui, dans l'évolution de la Grèce archaïque, apparaît bien souvent comme une solution transitoire aux problèmes de la cité. Avec Solon, le législateur, puis avec les Pisistratides, Athènes fera successivement l'expérience de l'une et de l'autre.

Réformes de Solon

Solon tenta de résoudre la crise politique qui traversait sa cité. Archonte de 594 à 593, législateur, auteur d’un code de lois, il supprima l’esclavage pour dettes et affirma le droit de tous à participer aux décisions de la cité. Il fixa les obligations de chacun vis-à-vis de la cité selon la fortune personnelle.

Cependant le système mis en place par Solon demeure profondément inégalitaire : il se résume au passage d'un régime aristocratique à un régime ploutocratique. Les citoyens sont dorénavant répartis en 4 classes censitaires. D'après le nombre de mesures de blé, de vin et d'huile que le citoyen possède, il appartient à l'une des quatre « tribus » suivantes : les pentacosiomédimnes (qui possèdent plus de 500 médimnes de céréales), les hippeis (plus de 300 médimnes), les zeugites (plus de 200 médimnes) et les thètes (moins de 200 médimnes). La Boulè est instaurée comme organe consultatif du pouvoir (on ignore aujourd'hui l'importance de cette fonction) qui reste toujours au main de l'Aréopage. Chaque tribu envoie annuellement 100 représentants à la Boulê, qui est donc composée de 400 hommes.

Les droits individuels sont variables en fonction de la condition sociale, ainsi les hautes magistratures sont réservées aux pentacosiomédimnes. Mais soucieux de renforcer l'esprit de concorde et la solidarité, Solon soumet ces puissants au devoir liturgique. Grâce à ce système d'une part le petit peuple désormais libre n'a plus de forte haine contre les élites qui sont de plus en plus perçues comme bienfaitrices. D'autre part les revendications de la naissante bourgeoisie faite de marchands « internationaux », d'habiles entrepreneurs, et de propriétaires de flottes commerciales sont partiellement satisfaites, les charges d'archontes étant toujours réservées aux grands propriétaires terriens.

Réformes de Clisthène

Organisation géographique de l'Attique

A travers sa réforme de 508 Clisthène, eupatride membre d’une des plus grandes familles d’Athènes, les Alcméonides, concéda au peuple la participation non seulement aux décisions politiques mais aussi aux fonctions politiques en échange de son soutien. Cette réforme repose sur la réorganisation de l’espace civique. Les anciennes structures politiques fondées sur la richesse et les groupes familiaux furent remplacées par un système de répartition territoriale. Un citoyen athénien ne se définit désormais plus que par son appartenance à un dème.
L’Attique est divisé en trois ensembles : la ville (asty), la côte (paralie), et l’intérieur (mésogée). Dans chaque ensemble se trouvent dix groupes de dèmes, nommés trittyes. La réunion de trois trittyes, une de chaque ensemble, forme une tribu : il y a donc dix tribus. Ce système, sur lequel se base la nouvelle organisation des institutions, casse la pratique du clientélisme traditionnel. On parle d'isonomie.

À la structure sociale et administrative hiérarchisée, :

Dème <>
Clisthène fait correspondre une structure hiérarchisée du pouvoir :

Prytanes <>Juges <>

La réforme ne retint pas le vote comme mode principal de désignation des responsables politiques, lui préférant des tirages au sort (pour la désignation des bouleutes et des héliastes) et un système d'alternance régulière pour les prytanes, ce qui fait, pour partie, de la démocratie athénienne une stochocratie.

Réformes de Périclès

Vers le milieu du Ve siècle av. J.- Périclès mit en place une indemnité journalière de présence au sein de l'Héliée et de la Boulê, ainsi qu'aux spectacles des Panathénées : c’est le misthos (« salaire ») destiné à faire participer les citoyens les plus pauvres et les plus distants de la ville. Elle leur permettait de chômer un jour pour assurer leurs fonctions civiques et politiques. Le montant du misthos passa de deux à trois oboles par jour sous Cléon, soit l'équivalent du faible salaire d'un ouvrier. Cette mesure renforça le caractère démocratique du régime athénien.

Cependant, Périclès se distingua plus par ses actions militaires et diplomatiques ainsi que par les grands chantiers qu'il leva que par sa rénovation des institutions politiques.

Sparte, cité archaïque



L'étude de Sparte est indissociable du mirage spartiate, image caricaturale véhiculée par les auteurs anciens, notamment Xénophon et Plutarque, auteurs anciens séduits par un Etat bien organisé dont les citoyens n'ont pas à s'acquitter de tâches matérielles, et dont les nombreuses victoires s'expriment par une stricte discipline dès la petite enfance. Cette " imagerie antique " rend difficile la restitution d'un image historique de Sparte.

I] Installation des Doriens en Laconie

Les spartiates sont des envahisseurs. Sur le plan ethnique, ce sont des Doriens. Il serait venu du Nord vers le début du premier millénaire, se serait installé en Grèce Centrale et surtout dans le Péloponnèse.

1) Une communauté à fondement religieux

Cette communauté s'est installée en Laconie. Sur le plan archéologique, les plus anciens vestiges connus de Sparte daterait du IXe siècle et présentent des caractères religieux : autels, enclos sacrés…
Les Doriens sont très attachés à leur traditions religieuses. Il vénèrent par exemple une divinité spécifique : Apollon Carneios, c'est un dieu bélier. De même l'Apollon Pythien, vénéré à Delphes, d'origine Dorien, joue un rôle important à Sparte, où des personnages officiels, les Pythiens, sont chargés de consulter l'oracle d'Apollon à Delphes et sont entretenus aux frais de l'Etat, de même que les deux rois de Sparte. Ces deux rois sont aussi des prêtres de Zeus. Deux fois par mois, ils doivent offrir sacrifice à Apollon et plusieurs fois quand ils dirigent une expédition guerrière.
Les rois de Sparte sont descendants directs d'Héraclès ; ce sont donc des Héraclides. De ce fait, ils ont du sang de Zeus. Il s'agit d'une monarchie héréditaire justifié par cette ascendance.

2) Doriens et Achéens

Comme tous les Doriens, ceux qui s'installent en Laconie forment une communauté divisée en 3 tribus, elle-même subdivisées en 27 phratries, encore subdivisées en clans.
Toutes ces subdivisions ont un rôle lors des cérémonies religieuses. Les cultes pratiqués par ces Doriens, ainsi que leurs modes de vie, sont liés au pastoralisme. C'est pourquoi à l'origine, les différentes sous-communautés, ainsi que les rois, partagent la même tente. Les sacrifices accomplis ont eux aussi un caractère pastoral : on sacrifie des béliers pour l'Apollon Charnéios, des chèvres, des chiens voir des chevaux au sommet de la plus haute montagne de Laconie : le Mont Taygète.
Une fois installé, ces Doriens entrent en conflits avec des peuples indigènes : notamment les Achéens. Puis après les premiers conflits, ils ont coopérés avec certains Achéens puisqu'on les trouvent associé dans la fondation de certaines colonies : Gortyne en Crète, Cnide en Asie Mineure…
La communauté des Doriens en Laconie a été ensuite déchirée par des conflits internes. C'est aux alentours du début du VIIIe siècle, que la situation se stabilise et qu'on établit un ordre nouveau: l'eunomia (la bonne répartition). Les Doriens de Laconie devrait cette situation à un législateur moitié mythique : Lycurgue. L'eunomia a pour principale conséquence de créer un Etat, Sparte, dont les citoyens étaient des spartiates.

II] Modalités de la naissance de Sparte.
1) Des structures politiques

Sparte naît avec un document : la Grande Rhetra. Ce texte " constitution ", serait la transcription en prose d'une réponse oraculaire donnée par l'Apollon de Delphes suite à une demande officielle de Lycurgue. Elle est donc d'ascendance divine, donnée par Apollon.
Le premier acte officiel consiste en une cérémonie religieuse, la Grande Rhetra imposant la construction de deux sanctuaires : l'un pour Zeus, l'autre pour Athéna.
Le nombre des tribus est modifié, passant de trois à cinq. Ces tribus ont aussi un fondement territorial, puisqu'elles correspondent aux cinq arrondissements de Sparte, les cinq composantes de l'agglomération : la cité de Sparte, par exception, ne dispose pas de centre urbain, elle est l'association de cinq villages. L'appartenance d'origine aux trois tribus était de sang, maintenant elle de territoire. Chaque tribu fournit un régiment. Le but de cette réforme est de rompre avec les divisions familiales et de permettre une association de personnes d'origines familiales différentes. Cette association est dans un but militaire commun, mais aussi politique : les tribus élisent les cinq éphores.
Cependant, à l'intérieur de ces cinq tribus subsistent les anciennes subdivisions en phratrie et clans qui ont désormais des prérogatives uniquement religieuses.
Déjà avant la Grande Rhetra, il existait une Gerousia, conseil des anciens, dont les membres sont des Gérontes. La composition de ce conseil est modifié : elle comprend désormais 28 membres plus les deux rois. Ces derniers ont désormais le titre d'Archégètes (fondateur). La Gerousia introduit les motions que doit discuter l'apella, l'assemblée de citoyens. L'initiative revient donc toujours à la Gerousia.

2) L'organisation de la vie collective

Le plus important dans la réforme est l'éducation spartiate : l'agôge. Elle concerne d'abord les futurs hommes. En effet, peu de temps après sa naissance, l'enfant est montré par son père aux anciens de la tribu qui l'examinent ; s'il est bien formé et robuste, on le garde, sinon, il est exposé.
De 7 à 18 ans, le garçon est pris en charge par l'Etat, donc enlevé à sa famille, pour vivre en communauté. Entre 18 et 20 ans, il subit la formation militaire. Par la suite, et jusqu'à l'âge de 30 ans, il continue à vivre en communauté dans des casernes.
Ce n'est qu'après cette durée qu'il peut être intégré dans un club de citoyens. Il devient alors membre d'un syscitions. Une fois intégré dans un suscitions, le jeune homme devient citoyen avec le titre de homoios (Semblable). L'intégration dans le suscitions se fait par le vote. Si une seule voix se refuse, le jeune homme est hypomeion (inférieur). Il conserve ses droits civils mais n'a plus de droit politique.
Une fois élu, l'homois partage ses repas avec les membres de son club, une quinzaine, jusqu'à l'âge de 60 ans. C'est seulement alors qu'il est libéré de ses obligations militaires. Il peut devenir alors géronte. Chaque " semblable " reçoit de l'Etat une portion de terrain cultivé par des dépendants : les hilotes. Chaque mois, le citoyen est censé apporter à son suscitions une part de la production de son lot.

3) Les dépendants

Les hilotes sont les descendants de certaines populations pré-doriennes asservies par les envahisseurs. Les droits et obligations de ces hilotes sont définis très précisément ; si un citoyen exige d'un hilote plus qu'il n'est prévu par la " constitution ", il risque une malédiction, sanction religieuse importante.
On attribue à Lycurgue, l'institution de la cryptie. Il s'agit une sorte de rituel qui fait partie de l'agôge. C'est une opération secrète qui demande aux adolescents d'effectuer, sans laisser de traces, sous ordre de l'Etat, le massacre d'hilotes. Le fondement : les " semblables " aurait été 4000 environ ; les hilotes sont beaucoup plus nombreux. On pouvait donc toujours craindre un soulèvement des dépendants. Et c'est pour maintenir cette masse d'hilotes dans un état de sujétion, pour leur inspirer une terreur salutaire, que Lycurgue aurait eu recours à ces mesures expéditives.

Les périèques sont eux aussi à l'origine des populations pré-doriennes ; mais elles n'ont pas été asservies par les spartiates. Une fois la cité de Sparte fondée, les Spartiates veulent empêcher le développement des autres cités de Laconie en obligeant chaque communauté à accepter sa propre politique extérieure, tout en leur laissant une certaine autonomie. Ces villageois deviennent alors des périèques (ceux qui habitent autour). Ces individus se définissent par leur position subalterne par rapport à Sparte. Contrairement aux hilotes, les périèques sont des hommes libres considérés comme des Lacédémoniens. Ils sont donc tenus de servir dans l'armée de Sparte. Et c'est en partie grâce à eux que les Spartiates vont peu à peu dominer toute la Laconie.

III] Sparte et la conquête de la Messenie
1) La bataille D'Helos

Les Doriens installé en Laconie ne contrôle à l'origine qu'une partie située à l'Est de l'Eurotas.
Dans le Péloponnèse, la cité la plus redoutable était alors Argos. Au début du VIIIe siècle, la cité d'Argos contrôlait l'Argolide mais aussi les régions voisines jusqu'à l'île de Cythère. C'est à cette époque qu'Argos envoie un corps expéditionnaire soutenir les Achéens de Hélos contre Sparte. Comme Sparte, les Argos était des Doriens, et c'était un sacrilège de s'attaquer à un état frère, mais les Argiens ne voulait pas que les Spartiates contrôlent la partie Est de la Laconie.
A cette époque, Argos dispose d'une flotte de guerre dont les navires sont équipés d'un éperons de bois, alors que Sparte n'avait pas de flotte. Ainsi les Argiens, disposant d'une base militaire à Cythère, n'eurent aucune difficulté à conduire leur troupe jusqu'à Helos.
Malgré tout, les spartiates s'emparent de Helos, la rase, et réduisent les habitants en esclave. Enhardis par leur succès, ils effectuent des razzia en Argolide.

2) La conquête de la Messénie

La Messénie a de riches plaines fertiles. Et elle aussi est occupée par des Doriens ; il s'agit donc encore d'une guerre fratricide.
Les Doriens de Messénie occupent les terres intérieures et les collines orientales. Il n'y avait pas encore de frontière bien définie entre Laconie et Messénie, mais une ligne de partage fonction de la distribution des pâturage d'été et d'hiver.
C'est à proximité de cette ligne qu'avait lieu une célébration commune. Convoitant les riches plaines de Messénie, les Spartiates justifient leur conquêtes par un sacrilège qui aurait été commis dans le sanctuaire d'Artémis où avait lieu cette fête religieuse commune. En effet, des Messéniens auraient enlevé des jeunes filles spartiates. Les Spartiates ont aussi mis en avant un argument d'ordre économique : l'un des rois de Sparte aurait dit : " nous marchons contre un pays qui n'est pas divisé en lots ". On ne cache pas l'ambition de coloniser la Messénie.
Cette première guerre aurait durée vingt ans, se soldant par une victoire de Sparte, les derniers Messéniens, vaincus, sont réduits à la condition d'hilote, les terres conquises étant divisées en lots pour 3 000 spartiates. Les hilotes de Messénie, comme ceux de Laconie, devaient prêter serment à l'Etat spartiate, livrer la moitié de leur production à l'Etat et devaient assister vêtu de noir aux funérailles des rois.
Cette conquête de la Messénie qui assure l'autosuffisance de Sparte a eu également une conséquence politique : un amendement apporté à la Grande Rhetra. Pendant la guerre, l'Appela n'était plus représentative de l'ensemble des citoyens, ce qui entraînait de nombreux conflits avec la Gerousia. Les rois de Sparte cherchèrent une réponse auprès d'Apollon à Delphes qui aurait proposé de permettre aux " anciens " de suspendre la séance si l'Assemblée émet des opinions jugées incorrectes.
En vertu de cet amendement, en cas d'opposition à ses projets, la Gerousia renvoyait l'Assemblée et sa proposition avait force de loi. Cela à la seule condition qu'il y ait unanimité au sein du conseil des anciens. L'Appela n'a apparemment plus de pouvoirs politiques, cependant, dans la pratique, les deux rois n'étant pas toujours d'accord entre eux et avec les Gérontes, il était rarement possible d'obtenir l'unanimité au sein de la Gerousia.

IV] La constitution de Sparte
1) Conseil et magistrat
a. les rois

Malgré leurs noms, ils sont considérés magistrats car nommés par le peuple. Les pouvoir des deux rois sont indivisibles, et de caractères essentiellement militaires et religieux, ces deux prérogatives étant liés (nombreux sacrifices pendant les guerres). Ils examinent les présages d'après les entrailles des victimes avant de franchir la frontière où d'engager le combat. Celui qui refuse de leur obéir encoure une malédiction, châtiment archaïque. Les rois combattent en personne, ils sont considérés comme des jumeaux divins et sont à ce titre étroitement liés aux Dioscures, les deux fils de Zeus (Castor et Pollux). Quand ils partent en campagne, ils sont accompagnés des deux statues les représentants (les Dioscures).

Sur le plan politique, les rois, élus par le peuple, n'ont pas plus de pouvoir que leur collègue de la Gerousia. Leur train de vie est assez simple : ils résident dans une tente, ils ont droit à une double portion de nourriture pour en faire profiter un autre officiel, ils possèdent des parcelles dans les terres de périèques.

C'est à l'occasion de leurs funérailles qu'ils apparaissent comme des personnages de premier plan puisqu'ils reçoivent un deuil public de dix jours.

b. la Gerousia

Elle a la haute main politique et bénéficie de prérogatives judiciaires. Elle n'a pas de compte à rendre. Les gérontes doivent avoir au moins 60 ans et sont élus à vie. C'est le plus grand honneur pour un spartiate.

Vu leur age avancé, il est compréhensible que leur politique ait été conservatrice, empêchant une véritable évolution de l'Etat spartiate.

c. les éphores
Au nombre de cinq, ils sont élus chaque année par l'Appela parmi les spartiates âgés d'au moins 30 ans. Ils ont la responsabilité de l'agôge et à ce titre ils exigent une parfaite obéissance. Ils ont des fonctions de police qui leur permettent de procéder à des arrestations sommaires. En cas de guerre, ce sont eux qui déterminent les classe d'ages qui doivent être appelées. Ils président au recrutement des 300 membres de la garde royale. Ils sont chargés aussi de contrôler les rois : en campagne, il y a toujours un éphore avec le roi.
Tous les neuf ans, ils examinent le ciel par une nuit de pleine lune et s'ils aperçoivent une comète, ils suspendent les rois, jugés inaptes à régner. Ce n'est qu'après consultation de l'oracle de Delphes qu'ils peuvent éventuellement les réintégrer dans leurs fonctions. On les compare souvent à des censeurs.

2) Les citoyens

Ce sont les homme de 30 ans ayant subit l'agôge et inscrit dans un sussistion. Ce sont les seuls membres de l'Apella. Ils élisent tous les magistrats, y compris les rois, avec un mode d'élections qui se vote par acclamation : on désigne le candidat qui est élus par les plus bruyants. Des arbitres placés dans une chambre isolée évaluent le volume sonore. Les gens de l'Appela écoutent et discutent les propositions de la Gerousia. Cependant, dès leur enfance, ils sont habitués à une stricte obéissance de l'autorité et de l'age. Ils devaient donc rarement contester les propositions de la Gerousia.

V] Sparte et la conquête de la Thyréatide
1) La résistance d'Argos

Argos, toujours cité prospère au VIIe siècle, eut une impulsion décisive sous Phidon qui vers 670 dirigea la cité avec le titre de roi, tout en se comportant plutôt comme un tyran.

A cette époque, Sparte et Argos se discute la propriété d'une riche plaine : la Thyréatide. En 669, la bataille d'Hysiaï, voit la défaite de Sparte. Les Messéniens en profite et se révolte, d'ou la seconde guerre de Messénie qui aurait duré trente ans et ou des combats eurent lieu sur les sols même de la Laconie.

Cette terrible guerre traumatisa les spartiates qui avaient combattu avec acharnement, le mot d'ordre étant de se faire tuer sur place plutôt que de céder un pouce de terrain.

Les Messéniens étaient soutenus par les Argiens et par les Arcadiens. Mais finalement, les Spartiates remportent une immense victoire et augmentent leur territoire. En fin de guerre, Sparte inflige des défaites à Argos même.

2) Naissance de l'Hégémonie spartiate
a. Sparte et Tégée d'Arcadie


Souhaitant reconquérir l'Arcadie, les Spartiates consultent l'oracle d'Apollon qui leur promet la victoire. Ils se lancent en Arcadie avec des chaînes pour les prisonniers et des baguettes pour mesurer le terrain. Ils sont vaincus et doivent porter leurs chaînes et travailler dans les champs ! Par la suite, ils consultent à nouveau l'oracle qui leur suggèrent de faire aux gens de Tégée un cadeau religieux : des reliques, ossements d'Oreste fils d'Agamemnon. Sparte s'institue dès lors protectrice de Tégée, les deux cités font un alliance à laquelle se joignirent les autres cités d'Arcadie.

b. naissance de la ligue du Péloponnèse et lutte contre Argos

Au milieu du VIe siècle, Sparte a conclu des alliances avec de nombreuses cités du Péloponnèse, dont Corinthe et sa voisine Mégare. Cet ensemble d'alliances qui lient chaque cité séparément à Sparte est connu sous le nom de ligue du Péloponnèse, une ligue dont le but était d'abord défensif mais qui permis surtout à Sparte d'avoir les mains libres pour régler ses comptes avec Argos.
Les spartiates chassent tout d'abord les Argiens de Cythère, ils reviennent en Thyréatide. Il s'agit pour Sparte comme pour Argos d'un point d'honneur. C'est pourquoi on choisit un nombre limité de soldats d'élites. La bataille des champions en 546 voit s'opposer 300 combattants de chaque rang. La bataille fait rage toute la journée. La nuit venue, il reste un Spartiate et deux Argiens. Les deux disent avoir gagné. Les deux armées en désaccord se rencontrent alors en bataille rangée qui voit la victoire de Sparte. Grâce à cette victoire, elle assure la domination de la Thyréatide et de son réseau d'alliance ; Sparte devint une grande puissance sur terre mais aussi sur mer grâce à Corinthe.



Notes:

#Ephores : ce sont peut-être les plus hautes personalité de l'Etat spartiate. Ce sont cinq magistrats élus par le peuple pour une durée d'un an. Leur rôle est de surveiller les deux rois, mais aussi le peuple, puisqu'ils supervisent l'agôgé. Aussi, rien ne peut échapper à leur autorité : ils surveillent l'armée, l'éducation, la diplomatie, la justice et la finance. Néanmoins on se pose la question de leur rôle : ont-ils l'initiative, ou bien sont-ils le personnel administratif de la Gérousia ?

#Hilotes : Leur origine est incertaine. On admet le plus souvent qu'ils s'agit des descendants des population indigènes vaincues lors de l'expansion spartiate, comme pour les Messéniens. Une autre théorie établirait leur origine dans les coutumes doriennes, cela selon l'observation suivante : il n'y a pas de différence de dialectes entre spartiates et hilotes
Toujours est-il que leur seule fonction est de cultiver les kleros de terre des homoioi, à qui ils doivent fournir une partie des récolte (céréales, vin et huile). Parfois on les rencontre dans l'armée, ce sont des valets et à de très rares occasions ils peuvent servir exceptionnellement d'hoplites ; sur la flotte, ils forment le rang des rameurs.

#Périèques : Leur origine est incertaine. La théorie la plus admise est qu'ils sont les descendants des Laconiens soumis ou bien des alliés achéens de la première heure. Au-dessus des hilotes, ils bénéficient des droits civils et participent à l'administration de leur ville. Par contre ils n'ont aucun droit politique à Lacédémone. Ils possèdent des lots de terres aux marges de l'Etat spartiate, mais leurs activités principales seraient le commerce et l'industrie. Moses I. Finley, voit en eux les artisans qui fabriquent les armes, ce qui expliquerait leurs privilèges.
Ils payent une taxe à l'Etat et servent dans l'armée en tant qu'hoplites. Mais ils ne sont pas soumis à la vie en commun, ce qui dans la pratique les rends plus libres que les citoyens spartiates !

Ouverture !

Le voilà enfin mon blog serieux ^^

Je traiterai ici principalement d'histoire(beaucoup) sous forme de cours et/ou d'exposés et parfois de l'actualité politique et culturelle(un peu)

Comme certains me l'ont demandé, je commencerai donc par la grece antique et en premier lieu par Sparte(vaste sujet n'est ce pas ?)

Bonne lecture ;-)